En octobre 2021, à Clichy-sous-Bois, un adolescent de 16 ans a présenté devant ses camarades une application mobile qu’il avait codée lui-même pour aider les personnes sans abri à localiser les points de distribution alimentaires. Un projet simple, mais porteur d’un message : donner aux jeunes les moyens d’agir, c’est aussi leur permettre de s’insérer pleinement dans la société. Cette initiative illustre ce que peut produire une politique d’inclusion bien pensée : de l’innovation, de la solidarité, de la dignité partagée.
Entre espoirs étouffés et potentialités inexploitées
En France, près d’un million de jeunes de 16 à 25 ans ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation. Derrière ces chiffres, il y a des récits d’exclusion, des portes fermées trop tôt, des talents gaspillés. Le sentiment de ne pas avoir sa place frappe en particulier les jeunes issus de quartiers populaires, les mineurs non accompagnés, ou encore ceux vivant avec un handicap.
Or, cette marginalisation n’est pas une fatalité. Plusieurs organisations agissent sur le terrain pour retisser les liens entre ces jeunes et la société. À commencer par Unis-Cité, pionnier du service civique en France, qui offre chaque année à des milliers de jeunes une première expérience utile et valorisante au service des autres. À travers leurs missions, ceux-ci retrouvent non seulement une confiance en eux, mais aussi un sentiment d’utilité qui leur a trop souvent été refusé.
La solidarité comme levier d’épanouissement
Ce que nombre de travaux sociologiques démontrent, c’est que l’inclusion des jeunes bénéficie à l’ensemble de la collectivité. Un jeune engagé, entouré et reconnu, devient souvent un citoyen actif, capable de prendre part aux décisions qui le concernent. La solidarité n’est dès lors plus un choix charitable, mais une stratégie sociale avisée. Elle façonne des générations plus autonomes, plus créatives, mieux ancrées dans la réalité.
L’association Asmae, créée par sœur Emmanuelle, œuvre en ce sens en soutenant les jeunes en situation de grande précarité en France et à l’étranger. Elle accompagne également les familles pour garantir un environnement favorable au développement des enfants et adolescents. Cette démarche globale, qui lie inclusion individuelle et cohésion sociale, montre que les interventions efficaces sont souvent celles qui conjuguent proximité et vision à long terme.
Des ponts à bâtir, des horizons à ouvrir
Les jeunes ne demandent pas seulement à être encadrés ; ils aspirent à participer, à se rendre utiles, à contribuer. Lorsqu’on leur confie des responsabilités, ils deviennent souvent les meilleurs ambassadeurs de la solidarité. On l’a vu en 2020, durant la crise sanitaire : beaucoup se sont mobilisés dans les quartiers, dans les centres de distribution associative, dans les foyers pour personnes isolées. Ils ont prouvé, malgré les obstacles, une capacité d’initiative remarquable.
Des associations comme ANEF ou Apprentis d’Auteuil s’impliquent dans cette construction d’une société plus inclusive, en accompagnant les jeunes, en soutenant l’insertion par l’éducation, le logement, la santé ou l’accès à la culture. Leur travail quotidien, parfois invisible, éclaire pourtant le rôle que chacun peut jouer pour bâtir une société où aucun jeune ne se sent de trop.
Agir, c’est aussi écouter
L’inclusion ne se décrète pas, elle se construit par des actes, petits ou grands. Elle commence dans une école qui ne stigmatise pas l’élève en difficulté, dans une mairie qui crée des espaces d’expression pour les jeunes, dans une entreprise qui ouvre ses stages à tous, même sans piston. Plus encore, elle prend racine dans notre capacité collective à reconnaître que chaque jeune porte en lui, ou en elle, un bout de solution.
L’engagement associatif, qu’il soit ponctuel ou durable, peut devenir une passerelle pour ces jeunes parfois oubliés. Rejoindre une structure qui agit sur le terrain, c’est se donner l’occasion de faire une différence – pour eux, mais aussi pour soi. Car en pensant aux autres, on retisse aussi ce qui nous unit.
Camille Alter
